Comme mon nom ne l’indique pas nécessairement, je suis en fait un Bernois pure souche, de la capitale helvétique. Mais le hasard veut que je sois venu au monde à Paris. Un Parisien pure souche se distingue par le fait qu’il ne porte pas sa ville dans son cœur et ne cesse de la dénigrer, bien qu’il soit parfaitement incapable de vivre ailleurs. Comme j’ai été déraciné dès ma plus tendre enfance, je ne peux pas corroborer le premier point. Le deuxième, en revanche, a toute sa pertinence à mes yeux, puisqu’il me peine d’abandonner trop longtemps les berges de la Seine: un cas typique de géogénétique. Une fois rempoté, je me lance dans l’aventure avec fougue, les yeux toujours grands ouverts et l’esprit en mode «kif». Selon TripAdvisor, Paris est la ville la plus visitée du monde depuis des années. Chacun en connaît les clichés par cœur. Laissons-les aux instagrammeurs et influenceurs PFW qui font désormais partie du paysage citadin 2.0. Je me laisse porter, je nage avec et contre le courant, et plonge dans ce micro-macrocosme kaléidoscopique: urbain, villageois, gigantesque, génial, euphorique, déprimé, européen, oriental, africain, vieux, neuf, rénové, esthétique, laid, drôle, époustouflant, pathétique, scintillant, sale, odorant, puant, spirituel, stupide, arrogant, riche, pauvre, authentique, normal, solidaire, noir, blanc, jaune, rouge et vert. Après ces montagnes russes de sensations, je m’accorde d’ordinaire un petit verre de blanc pour passer en revue le vécu de la journée. Et je me dis qu’exister, c’est bien, mais que vivre, c’est mieux. Merci Paris!

– Jordan Samonikov, traducteur français